Avec un tel rythme de musique, je me demande comment j'ai pu renier ce style si longtemps juste sous prétexte que c'est de la " musique de vieux " ! Décidément les a priori nous feront réellement chier jusque dans les moindres recoins, à traquer un sujet afin de jeter leur dévolu dessus ! Pourtant ce Piano Sonata n° 8 de Mozart est excellent, mes doigts glissent sur le clavier comme les siens lorsqu'il créa cette pure merveille. Ce bijou dont toute femme aimerait être parée. On peut sentir les notes glisser sur notre corps, notre coeur bat au rythme de chaque pression de touche. Comme un collier de perle qui ondulerait le long de mon cou fin, et mon coeur qui bat à la vue de cet homme qui me l'a offert. Devant moi j'aperçois, qui se dresse, un sentier escaladant une colline verdoyante, les arbres se transforment en notes de musique dansant dans la bise légère. Cette odeur fleurie s'empare de mes poumons, ce léger vent n'est que le souffle de ce bel inconnu, les notes de musique sont ses caresses sur mon corps, et nous nous laissons emportés par cette musique comme un hymne sensuel et charnel. Au loin, les doux bruits d'un village endormi par ce soleil d'Aout de début d'après-midi. Les persiennes ne laissant filtrer que quelques rayons de lumière à travers de fins rideaux ondoyant au rythme de la bise et de la musique. Dans un coin de la chambre nous pouvons voir le corps de nos deux amants endormis. Elle, un collier de perle autour du cou et lui, la protégeant de son bras la tête enfouie dans le creux de son épaule.
Cette ode d'espoir qui sort en grésillant de mes vieilles enceintes, comme le léger son que laissait entendre les premiers appareils à musique. Le son qui va crescendo, comme la vitesse des notes et de mes doigts sur le clavier. Cette musique qui emporte tout, qui change chaque élément en un autre. Le soleil entre par les moindres recoins, chaque interstice laisse filtrer plus de belle lumière que n'importe quel néon de supermarché. Une lumière pure, une lumière d'été, une lumière qu'on ne trouve qu'à la campagne. Ses yeux à demi-clos sont éblouis mais veulent profiter de ce spectacle qu'eux seuls peuvent voir. Derrière sa stature statique, on peut voir son cerveau bouilloner, s'agiter. Non, en fait il danse au rythme de cette musique. Lui qui depuis quelques années ne vivait plus, il se surprend à battre la mesure, un hochement de tête de temps à autre ou un sourcil qui se relève. Cette musique le fait vivre, il voudrait qu'elle ne s'arrête plus ; mais il sait que cela viendra quand même, alors il en retient la moindre nuance, il la pense, la vit. Et même si déjà il ne l'entend plus, il sait qu'elle est là, au fond de lui. Lui, le vieux jazzman qui redécouvre la musique à travers le classique.